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Les différents témoignages se
rejoignent sur une préoccupation : les attentes et les aspirations des adolescent(e)s
nont pas toujours été prises en compte dans lorientation et le
fonctionnement des structures de santé offrant les services en Santé de la Reproduction
(SR) au Sénégal. Pourtant, les adolescent(e)s peuvent se révéler experts
Pour
peu quils soient écoutés.

Préface
Cette publication est une
présentation synthétique des résultats dune enquête diagnostique menée dans les
Districts sanitaires de Saint-Louis et de Louga (Sénégal). Intitulée
"Amélioration de la santé de la reproduction des adolescent(e)s", cette étude
a pour but dune part, de définir des stratégies visant à créer un environnement
socioculturel et politique plus favorable à la prise en charge des besoins de santé de
la reproduction des adolescent(e)s et, dautre part, de favoriser chez les
adolescent(e)s un comportement à moindre risque en matière de SR par le renforcement de
leurs compétences et de leurs connaissances.
En empruntant des méthodes tant
qualitatives que quantitatives, basées sur des focus groups, des entretiens approfondis
et des sondages, l'étude a pu recueillir des informations auprès de plusieurs cibles
concernées par le programme : adolescent(e)s (élèves et de la communauté), personnel
dencadrement des jeunes, personnel enseignant, personnel de santé et élus locaux.
Ce sont 2895 adolescents et 1683 parents qui ont été enquêtés.
Cherchent interlocuteurs
désespérément
| «Quand
les adolescent(e)s ont des problèmes, ils ne savent pas à qui se confier »(Personnel
d'encadrement) |
- Les besoins pressants exprimés par les
adolescent(e)s aussi bien dans la communauté que dans les établissements scolaires
renvoient surtout à linformation relative à la sexualité et à la nécessité de
communiquer avec les parents sur cette question.

| «Tout
est caché aux parents» (Un parent) |
- La plupart des parents interrogés ont
reconnu labsence de communication entre eux et les adolescent(e)s, mais ils ont
expliqué le problème par la crise de lautorité parentale liée à la crise
sociale, la pauvreté, loisiveté, linfluence de la télévision.
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«Les
parents ne donnent plus léducation quil faut à leurs enfants» (Un parent) |
- Les rares adolescentes qui communiquent
avec leurs parents sont pour la plupart mariées ; et leurs interlocutrices ou leurs
confidentes se limitent généralement à une femme, une tante ou une sur.
- Le manque de cadre de communication a
été considéré, par les enseignants et le personnel dencadrement comme étant
lune des principales causes de certains comportements à risque auxquels les
adolescentes sont exposées, à savoir la grossesse non désirée et lavortement
provoqué.

«La
télévision, avec les films de violence et de sexe, pervertit nos filles» (Un parent)
«Avec les parents fermés et distants, les enfants vont se confier à dautres,
parce quils ont peur de les affronter» (Un parent)
«Quand une fille tombe enceinte, ses parents regrettent toujours le fait de navoir
jamais discuté avec elle des rapports sexuels» (Un parent) |

La connaissance qui
nexclut pas la méfiance
- De manière générale, les
adolescent(e)s dans la communauté et ceux à lécole ont témoigné de leur bonne
connaissance des structures de santé. Ils connaissent aussi limportance de
certaines organisations communautaires qui font des sensibilisations sur la SR et les MST
/SIDA.
| «Nous
avons peur de nous confier au personnel de santé. Nous craignons quil raconte nos
problèmes à nos parents» (Adolescente, utilisatrice des services) |
- Cependant, les structures de santé,
offrant les services SR, sont perçues avec une extrême méfiance par les adolescent(e)s
par crainte de réprimandes parentales et surtout à cause de lindiscrétion qui y
règne.
- Les parents des adolescent(e)s, de leur
côté, ont également reconnu le bien-fondé des services offerts par les structures de
santé. Mais ils trouvent que ces services facilitent une sexualité libre et permissive
au lieu de privilégier ou de promouvoir labstinence.

| «Dans
certains centres, la pilule est prescrite aux adolescentes et les condoms distribués aux
jeunes. Or, cest ce quil ne faut pas faire» (Un parent) |
- Le service de planification familiale
offert par certaines structures est mal compris par les populations qui pensent quil
est destiné seulement aux adultes et aux femmes mariées.

- Les niveaux daccueil et
dentretien ont connu une appréciation mitigée de la part des adolescentes
utilisatrices des services. Si laccueil a été trouvé acceptable en général, le
dialogue, qui devrait exister entre eux et le prestataire, a été jugé trop unilatéral
et non courtois.
La conduite désobligeante de
lentourage
- Les parents des adolescent(e)s
nont pas caché leur désapprobation de voir leurs enfants fréquenter les
structures de santé offrant les services de la SR, parce quils établissent un lien
entre ces services et lactivité sexuelle.
| «On
a peur de rencontrer des femmes adultes mariées» (Un Adolescent)
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- Quant aux élus locaux, ils ont
critiqué lexclusion des filles de la prise de décision en matière de SR à cause
de laccueil décourageant et de labsence découte dans les structures de
santé. Celles-ci sont aussi accusées davoir contribué à la débauche et à la
perversion des adolescent(e)s.

| «Si
les gens te voient entrer dans une structure (offrant des services SR), ils penseront à
nimporte quoi» (Un Adolescent) |
Trop
dembûches sur le chemin des structures
- Le personnel de la santé et les
matrones ont reconnu que la gêne, la peur et la honte continuent dentraver
laccès libre des adolescent(e)s, surtout filles, aux structures de santé. Les
raisons avancées : la présence dans les structures des prestataires femmes âgées,
lattitude désobligeante et labsence de courtoisie.
| «Si
les sages-femmes, matrones constatent que tu nes pas vierge, elles te sermonnent et
tinsultent» (Fille, 18 ans, élève) |
- La stigmatisation par lentourage,
la peur des indiscrétions du personnel de santé, la honte, lattitude
désobligeante des prestataires, les horaires peu commodes et laccessibilité ont
été rapportées comme étant les plus grands obstacles qui entravent la fréquentation
des structures de santé par les adolescent(e)s.
| «Je
suis venue tôt à 7 heures, mais les sages-femmes sont venues en retard à 10 heures»
(Une adolescente) |
- Le personnel de santé et les matrones
sont souvent embarrassés quant à la conduite à tenir vis-à-vis des adolescent(e)s
client(e)s à la recherche dinformations sur la SR, de produits contraceptifs et de
préservatifs.
| «La
route est très fréquentée, nous pouvons rencontrer une personne qui nous connaît.
Cest décourageant pour quelquun qui veut se cacher» (Un adolescent) |
- Les frais médicaux, quand bien même
accessibles, affichés dans les établissements hospitaliers, consti- tuent une source de
blocage, ont estimé les élèves, habitués à se servir de bulletin de visite pour se
faire soigner gratuitement dans les centres sanitaires scolaires.
| «Si un enfant de 10 ans vient me
voir, je lui conseille demprunter un autre chemin plutôt que de lui donner le
préservatif» (Une Sage-femme) |
- Les coûts des tickets de consultation
ont été jugés abordables parce quils varient de 100 à 150 Fcfa. Toutefois,
certains élèves se sont prononcés pour la gratuité des soins.
| « Si on ne leur donne pas (
),
ils iront se les procurer ailleurs avec tous les risques que cela comporte» (Personnel de
santé) |
Les écoles sont-elles les oubliées
de la SR ?
Les élèves et les enseignants ont
été formels : les écoles sont mal loties en matière dinformation et
dactivités sur la SR. Car les cours limités déconomie familiale et de
sciences naturelles sont les rares occasions où les élèves reçoivent des informations
sur la SR. Sy ajoute lépineux problème de déficit du personnel enseignant
en charge de cette activité.
| «Les cours déconomie familiale sont dispensés une
fois par semaine pour uniquement les élèves de 3ème et de 4ème» (Un
enseignant) |
Les élèves se sont montrés très
critiques quant à la manière dont les activités dEducation à la Vie Familiale
sont menées par les clubs EVF : ces activités sont sélectives car elles ne les
mobilisent pas tous ; en plus leurs heures coïncident généralement avec celles des
cours dispensés à lécole. Cependant la plupart des filles ont reconnu avoir comme
principale source dinformation les cours.
Des réseaux informels aux circuits
parallèles : le recours risqué
Les circuits parallèles et les
réseaux informels ont été mentionnés comme recours lorsque les adolescent(e)s de la
communauté voulaient contourner les difficultés daccès aux structures de santé.
Quant aux adolescent(e)s scolarisé(e)e, le personnel enseignant constitue le principal
recours.
| «Elles vont voir les marabouts ou les prestataires à domicile pour se faire
avorter» (Une matrone)
«Ils préfèrent passer par les amis
de leurs parents, les voisins ou leurs propres amies pour se confier» (Une matrone) |
Quand il sagit de dissimuler une
grossesse non désirée, davorter ou de faire de lautomédication pour
remédier à toute autre maladie liée à la sexualité, les adolescentes de la
communauté se replient, dans la discrétion absolue, vers les tradipraticiens, le
personnel de santé non qualifié ou les amis du quartier. Même la recherche ou le
partage dinformations secrètes et sensibles liées à la sexualité se fait dans la
plus grande discrétion à un entourage discret et confident
Des pistes qui mènent à
lamélioration :
[ lécoute, la sensibilisation, la confidence et la formation
]
- Les suggestions exprimées par les
adolescent(e)s des écoles insistaient sur le profil du prestataire qui doit être
discret, accueillant et digne de confiance sympathique ; et sur la nécessité
davoir un interlocuteur plus réceptif et plus communicatif. Aussi, dans le but
datténuer la stigmatisation, il faut étendre les services en SR à dautres
structures et profiter des manifestations culturelles et récréatives.
- Pour améliorer
les services et les activités de la SR, les adolescents de la communauté ont suggéré
que les parents soient leur principale source dinformation en matière de sexualité
et de SR ; quils soient sensibilisés sur le bien-fondé des structures de santé
offrant les services de la SR. Enfin, ils souhaitent que les activités des structures de
santé soient décentralisées vers les quartiers.
| «Ecouter, responsabiliser, et avoir
confiance aux adolescent(e)s, (cest) les aider à éliminer les barrières, les
tabous et les préjugés» (Un enseignant) |

Les adolescent(e)s utilisateurs des
services ont proposé la diversification des activités de SR et la révision des horaires
de fonctionnement des structures de santé, de manière à en faciliter laccès. Un
accent particulier a été mis sur le profil du prestataire.
Les parents, surtout les mères, ont
exprimé le vu que la sensibilisation sur la SR soit décentralisée dans les
quartiers mais quelle soit orientée vers la prévention de la sexualité
extraconjugale et non vers la distribution des contraceptifs et des préservatifs.
| «Il faut un bon accueil et une bonne
écoute des jeunes» (20 ans, mariée) |
Les élus locaux de leur côté ont
proposé lintégration des modules en SR dans le programme denseignement, et
limplication des leaders dopinion, chefs religieux et associations féminines
dans les activités de sensibilisation.
Le personnel dencadrement a
exprimé le souhait que le contenu des activités sur la SR soit adapté aux besoins et
aux aspirations des adolescent(e)s ; que la communauté soit impliquée et les parents
responsabilisés afin de faciliter la communication entre eux et leurs enfants ; enfin que
la prévention privilégie labstinence sexuelle.
Les enseignants ont suggéré la
généralisation du programme SR dans les écoles, limplication des parents dans les
activités de sensibilisation et lintégration du volet MST/SIDA dans les cours
dEVF.
Le personnel de santé de manière
générale a plaidé pour la formation en SR des prestataires et leur dotation en
matériel adéquat. Ils ont aussi insisté sur la capacité découte et le sens de
discrétion que doit avoir un bon prestataire.
Utilisation des résultats
L'étude a permis d'établir une banque des données relative
aux besoins des adolescent(e)s en SR, leur perception des structures et les
obstacles à leur fréquentation; les circuits parallèles et réseaux informels
que ces adolescent(e)s empruntent pour contourner certaines difficultés liées
aux services offerts. Des stratégies d'intervention ont été élaborées, sur
la base de cette étude, par les Districts de Saint-Louis et de Louga en
partenariat avec les mouvements associatifs de jeunes, les Ministères de la
Jeunesse et de l"Education Nationale, les groupements communautaires et les
ONGs.
"Améliorer la Santé des Adolescents au Sénégal: Et si on en parlait" [Improve
adolescent health in Senegal: And if one speaks of it], FRONTIERS Research
Update. Dakar: Population Council, 2000.
CONCEPTION ET REALISATION
Edmond Bagde et
Mbacké Niang
PHOTOS ET CARICATURES
Frontières en santé de la
reproduction
For more information contact: Frontiers in Reproductive Health (FRONTIERS) Population Council 4301 Connecticut Ave. N.W., Suite 280 Washington, DC 20008 USA Telephone: +1 202 237 9400 Facsimile: +1 202 237 8410 E-mail:
frontiers@popcouncil.org
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