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Novembre 2001 Satisfaire les besoins de santé des hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes au Sénégal Principaux résultats Les MSM ont des identités et rôles sociaux distincts qui dépassent le cadre des pratiques sexuelles. Défini largement, les Ibbis sont plus enclins à adopter des maniérismes féminins et à être moins dominateurs dans les interactions sexuelles. Bien que la société rejette formellement l’homosexualité, les Ibbis n’en bénéficient pas moins d’une grande considération dans certains milieux. Par exemple, les Ibbis peuvent souvent entretenir des relations avec des femmes dotées de pouvoir politique ou économique et pour lesquelles ils accomplissent d’importantes cérémonies et fonctions sociales. Dans plusieurs quartiers, les Ibbis jouissent de la protection de la communauté tout entière. Les Yoos sont généralement les partenaires pénétrant, mais ne se considèrent pas eux-mêmes comme des homosexuels. Au-delà de ces larges catégories, il existe d’autres sous-catégories basées sur l’âge, le statut, et le type de relation. Toutefois, l’identification à un groupe particulier ne constitue pas une indication infaillible des pratiques sexuelles d’un individu. La première expérience sexuelle se passe souvent avec un adulte, pendant l’adolescence. La moyenne d’âge à la première expérience sexuelle est de 15 ans. Cette expérience était souvent faite avec un adulte, quelqu’un dans le cercle des connaissances ou qui avait été récemment rencontré. Un tiers (1/3) de l’échantillon a rapporté que l’adulte était un membre de la famille étendue de l’enquêté. La vie de beaucoup de MSM est caractérisée par la violence et le rejet. Quarante trois pour cent (43%) des MSM ont été violés au moins une fois en dehors de leur foyer familial ; 37% au cours des 12 derniers mois. Treize pour cent (13%) révèlent avoir été violés par un policier. Près de la moitié des 250 hommes interrogés avait subi des agressions verbales (notamment des injures et des menaces) de la part de leur famille (Tableau 1). Beaucoup ont aussi fait état d’agressions physiques (exemples : coups, jets de pierre) de la part de leurs familles, de membres de la communauté, et de la police. L’étude a révélé une très grande mobilité parmi les hommes, aussi bien volontaire qu’involontaire ; environ un quart (1/4) révélant avoir été contraint de déménager au cours des 12 derniers mois. Nombre d’entre eux ont souligné l’importance de maintenir le secret de leurs penchants et relations sexuelles parce qu’une éventuelle révélation de celles-ci les conduirait à l’ostracisme, la stigmatisation, les injures, ou les agressions physiques. Selon un informateur : « Dans certains quartiers, lorsqu’on découvre que vous êtes un Ibbi, tandis que vous passez votre chemin, les gens se mettent en groupe pour vous jeter des pierres. Vous avez l’impression que c’est alors une pluie de pierres. »
Les rapports sexuels avec les hommes sont dictés par plusieurs raisons dont l’amour, le plaisir et la contrepartie économique. Bon nombre de leurs histoires personnelles soulignent que la première expérience sexuelle tout comme les suivantes surviennent dans un contexte d’attirance émotionnelle et physique. Selon un MSM : « Il m’a présenté à ses amis. Il est venu vers moi et m’a beaucoup caressé. J’ai ressenti énormément de plaisir. Je me sentais heureux et j’ai fini par avoir une relation d’amour très forte avec lui. » La contrepartie économique joue aussi un rôle important. Les deux tiers (2/3) des enquêtés rapportent avoir reçu de l’argent dans le cadre de leur plus récente rencontre sexuelle, et 9% avaient donné de l’argent en contrepartie de rapports sexuels. Un MSM a rapporté son expérience : « Il m’a invité chez lui le jour suivant. Il m’a donné de l’argent… Au moment de nous quitter, il m’a encore donné beaucoup d’argent, vraiment beaucoup. Et il m’a demandé de revenir aussi souvent que je voulais, ce que j’ai accepté. Et j’ai pris goût au plaisir et à l’argent. Il s’occupait de toutes mes dettes. » Les MSM ont fait état d’une vaste gamme de relations sexuelles allant de la relation stable et régulière avec un seul partenaire aux relations irrégulières avec plusieurs partenaires, et sans exclure la relation régulière avec un partenaire, en plus des partenaires occasionnels. La grande majorité des MSM ont eu des rapports sexuels avec des femmes. Quatre vingt huit pour cent (88%) de l’échantillon de l’enquête ont déclaré avoir déjà eu des rapports vaginaux, et prés du cinquième (1/5) avaient pratiqué une pénétration anale avec une femme. Certaines de ces relations sexuelles ont eu lieu en contrepartie d’une somme d’argent versée : 21% des MSM ont déclaré avoir donné de l’argent lors du dernier rapport sexuel avec une femme et 13% d’entre ont déclaré en avoir reçu. Bon nombre de MSM sont à haut risque du VIH à cause des rapports sexuels non protégés, des antécédents de symptômes d’IST, et une mauvaise connaissance de ces infections. Lorsqu’ils ont été interrogés sur l’utilisation du condom lors de leur dernier rapport, seulement 23% de ceux pratiquant des rapports anaux ont déclaré avoir fait usage du condom. En revanche, la proportion est moindre chez les pénétrés : 14% d’entre eux ont fait usage du préservatif. L’utilisation du condom avec les femmes était également faible ; 37% ont indiqué avoir fait usage du condom lors de leur dernier rapport avec une femme. Les informateurs ont identifié un certain nombre d’obstacles à l’utilisation du condom, notamment la diminution du plaisir, l’interférence avec l’établissement de la confiance, et un manque de pouvoir chez certains MSM, pour demander des préservatifs. De l’avis d’un informateur, « Si un Yoos ne veut pas utiliser un préservatif, un Ibbi ne peut pas dire grand chose. » Les informateurs ont également signalé le coût élevé des marques préférées de condoms et l’accès médiocre aux lubrifiants aqueux. Presque tous les 250 MSM interrogés reconnaissaient que le VIH/SIDA peut être contracté à travers une relation sexuelle et 80% d’entre eux ont cité le condom comme un moyen de prévention, même si l’utilisation actuelle ne reflète pas cette connaissance. Beaucoup d’enquêtés ont dit avoir connu des symptômes liés aux IST. Par exemple, 42% ont rapporté ressentir des brûlures ou écoulements péniens au moment de l’enquête et 22% ont révélé avoir des lésions ou pustules à l’anus (Tableau 2). En les interrogeant sur l’origine de ces infections, la plupart des enquêtés ont évoqué des causes non virales ou bactériennes telles que la mauvaise hygiène, l’irritation due au coït sans une lubrification suffisante, les aliments épicés, de longues périodes d’abstinence, la masturbation, trop de rapports sexuels, ou d’autres maladies. Plus du tiers a déclaré n’avoir aucune idée sur la cause.
Les comportements visant à rechercher des soins pour les symptômes d’IST sont souvent retardés et cachés. Les MSM ont noté qu’ils sont particulièrement réticents à l’idée de révéler des symptômes anaux dans les cliniques et hôpitaux parce qu’ils risquent de mettre à nu leur homosexualité. Certains d’entre eux ont noté que le personnel des centres médicaux les traitait avec mépris, s’il ne les ignorait pas tout simplement, et qu’il ne respectait aucunement leur confidentialité. Cela étant, certains informateurs affirment ne rien faire pour soigner leurs symptômes, et font état d’automédication par le biais de remèdes achetés sans ordonnance. Cependant, étant donné qu’il y a moins de stigmate associé aux symptômes péniens, tels que les écoulements, les brûlures, les démangeaisons et plaies, les MSM sont plus enclins à se rendre dans un hôpital ou clinique public pour le traitement de ces cas. A la question de savoir où ils préféreraient aller se faire soigner pour des symptômes anaux ou péniens, la majorité a répondu que leur préférence était les hôpitaux ou dispensaires publics, sous réserve de leur accessibilité financière et que les clients soient traités en toute confidentialité et respect. Table des matières | Prochaine > Voyez aussi
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