Population Council Web Site > Publications > Population Briefs

Population Briefs February 2003

L’excision, aussi appelée mutilations génitales féminines, c’est-à-dire l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme, est pratiquée dans beaucoup d’endroits du monde: en Afrique, au Moyen Orient, en Asie du Sud-Est et parmi les populations immigrées d’Australie, Europe et Amérique du Nord. Bien que les critiques sur la pratique aient déclaré que les complications gynécologiques et obstétricales survenaient plus fréquemment chez les femmes excisées que chez les non-excisées, les données étayant cette assertion ont eu beaucoup de difficultés à voir le jour. Des chercheurs du Population Council, notamment Heidi Jones, Nafissatou Diop, Ian Askew et Inoussa Kaboré ont tenté de prendre en charge ce déficit. A cet effet, ils ont analysé des données obtenues de femmes au Burkina Faso et au Mali.

Types d’excision
Plutôt que de présenter un type unique de procédure, l’excision a été classifiée par l’Organisation mondiale de la santé en quatre catégories. Le type 1 comporte l’ablation partielle ou totale du clitoris. Le type 2 se rapporte à l’ablation du clitoris et l’ablation partielle ou complète des lèvres vaginales internes. Le type 3 comporte l’ablation partielle ou totale de tous les organes génitaux externes et la suture ou rétrécissement de l’orifice vaginal. Le type 4 se réfère à toutes autres procédures consistant à piquer, percer, inciser et étirer le clitoris ou les lèvres. Les types 1 et 2 constituent les formes les plus fréquentes de l’excision.

Les complications survenant immédiatement après l’excision peuvent comporter des hémorragies, douleurs graves, choc et infection. Les chercheurs ont analysé des données sur les complications à long terme de l’excision sur 1,920 femmes observées dans 21 centres de soins ruraux au Burkina Faso et 5,337 femmes examinées dans quatre structures rurales et quatre urbaines au Mali. «Jadis, la plupart des données disponibles sur l’excision dans cette région provenaient de rapports produits par des Enquêtes démographiques et de santé et n’étaient pas rassemblées à partir d’observations cliniques. Maintenant nous disposons de données observées», déclare Diop, qui était directement impliquée dans l’étude malienne.

Coutume très répandue
Les études confirment la quasi universelle pratique de l’excision dans ces deux pays où 93 pour cent des femmes observées au Burkina Faso et 94 pour cent de celles du Mali l’ont subie. Le type 1 représentait le type le plus fréquent d’excision observé au Burkina Faso, tandis qu’au Mali le type 2 était prédominant. Le type 3 a été constaté chez 5 pour cent environ des femmes dans les deux pays. Ce résultat a surpris les chercheurs, surtout parce que le type 3 n’avait pas été documenté antérieurement au Burkina Faso.

Les chercheurs ont également trouvé que l’excision, quel qu’en fût le type, était associée à des complications gynécologiques, obstétricales et autres. Entre 5 et 14 pour cent des femmes excisées présentaient des complications observables, associées pour la plupart avec des cicatrisations. Les formations chéloïdiennes, les hémorragies (provenant probablement de tissu cicatriciel) et l’épaississement du vagin à la suite de cicatrisation étaient à l’origine des trois quarts des complications observées.

Les chercheurs ont également trouvé que l’excision plus grave entraînait des complications à l’identique, notamment des déchirures du périnée à l’accouchement et des signes d’infection génitale. Les femmes qui ont subi le type 3 étaient presque deux fois et demie plus susceptibles de connaître une complication gynécologique que celles qui ont subi le type 2, et les femmes qui ont subi le type 1 étaient les moins aptes à connaître une complication, selon les résultats des auteurs.

«Cette information cruciale peut être utilisée par les Ministères de la santé et les groupements féminins de santé dans l’élaboration des politiques et pour le plaidoyer», affirme Diop. «Ceci est très important, étant donné qu’en Afrique, la communauté, les leaders et les autres parties prenantes doivent être convaincus des aspects dangereux de cette pratique». Toutefois, les auteurs ont noté que certains chercheurs soutiennent que des arguments sur le risque sanitaire contre l’excision pouvaient s’avérer contre-productifs parce que le type 1 peut être interprété comme «plus sûr» que les types 2 et 3. Les défenseurs de l’excision peuvent utiliser ces résultats pour la promotion du type 1 et s’opposer à l’abandon de la pratique tout simplement.

Un coup d’œil vers le futur
Ni l’étude du Burkina Faso ni celle du Mali n’ont cherché à collecter des données sur d’autres dommages potentiels causés par l’excision, comme par exemple, ses effets sur la sexualité de la femme, son rôle social dans la famille et dans la communauté. «Des données empiriques concernant ces questions sont douloureusement nécessaires pour donner une image plus complète du rôle joué par l’excision dans les vies des femmes, leurs familles et leurs communautés», notent les auteurs.

Une des plus importantes étapes suivantes, selon Diop, consistera à reproduire cette étude dans d’autres cadres. Certaines questions méthodologiques ont surgi dans la comparaison des données provenant des deux endroits et, par conséquent, ont limité la portée des conclusions qui pouvaient en découler. Dans les études futures, la comparaison des expériences des femmes rurales et urbaines et des femmes de différentes religions sur la question de l’excision devrait être une priorité. Décembre 1999  

Source 
Jones, Heidi, Nafissatou Diop, Ian Askew et Inoussa Kaboré. 1999. “Female genital cutting practices in Burkina Faso and Mali and their negative health outcomes,” Studies in Family Planning 30(3): 219–230. (PDF)

Financement extérieur
Agence des États-Unis pour le développement international

(Retournez à l'index)



Imprimez cette page

@
Envoyez cette page

Dernière mise à jour
15 mai 2005